JOURS DE REPIT A BAIGORRI

« Le village de Baigorri a accueilli 50 personnes en provenance d’Irak et d’Iran (tous kurdes), en provenance d’Afghanistan, du Soudan, d’Erythrée - et du Kenya (une seule personne), de la mi novembre à la fin février. La France annonçait, au début du mois d’octobre, qu’elle se décidait à accueillir et à loger 30.000 réfugiés. C’est à dire 30.000 personnes en provenance de pays en guerre, prêtes à demander l’asile en France. Elle en est loin. Les promesses aussi semblent déjà loin. La jungle de Calais est systématiquement détruite, église, mosquée - et au moment où j’écris ces lignes, l’école fondée par les migrants et les soutiens est vivement menacée.

[...]J’ai pris note de ce que je voyais et entendais ici. J’ai écouté les personnes impliquées dans cette aventure d’hospitalité. La joie que le projet suscitait était communicative, peut-être devait-on tenir à ça, se tenir à ça, à la joie qui se répandait, une joie contre les terreurs et les resserrements. »
Jours de répit à Baïgorri, Extrait

Baigorri 1

Été 2016. Nous rencontrons Marie Cosnay et son texte à l'occasion d'une lecture que nous ferons au festival Haizebegi à Bayonne en octobre. Immédiatement ses mots nous parlent : l'accueil de personnes en exil, un village qui se mobilise pour des jeunes gens en détresse qui ont tout abandonné pour fuir la guerre, la peur commune de l'inconnu effacée par la joie de l'hospitalité contre les terreurs et les resserrements. Nous nous saisissons alors du texte que nous lirons à plusieurs reprises. Parce que les mots de Marie racontent des regards précieux, des histoires vacillantes, des corps brisés par la guerre et les kilomètres ingurgités.

Nous semons cette parole rare pour hurler qu'il est possible de regarder l’autre et d’être regardé - de se laisser, sous le regard, transformer un peu.